12.01.2012
Les voyageurs de l'impériale
De l'Exposition de 1889 à la guerre de 1914, ce roman fait la chronique d'un quart de siècle de la vie des français, autour de Pierre mercadier, professeur d'histoire qui quittera sa femme et ses enfants pour mener une vie lointaine. Il reparaitra à la veille de la guerre de 14, pour mourir à demi paralysé. Son fils Pascal portera les armes pendant quatre ans et trois mois, croyant par cela faire que son propre enfant n'y soit jamais soumis.
Ce roman retrace la vie de Pierre Mercadier, un professeur d'histoire-géographie en France. Est-il pour autant le héros ? Telle est la question. (J'ai lu ce roman pour un cours de littérature, et la problématique tourne autour de cette question. Ici je ne vais pas tenter d'y répondre.) Pierre n'est pas épanoui, sa femme l'agace et le couple ne s'entend pas, même jusqu'à leurs idées les plus simples. La politique, voici un sujet très présent dans le roman, par la raison même que Pierre cherche à tout prix à ne pas en parler. La politique le rattrapera d'une façon bien ironique. Pierre trompe sa sotte de femme autant qu'il le peut, et finit par quitter sa famille. Il la retrouvera plus tard bien malgré lui, paralysé et agonisant.
Dans ce roman il y a la vie, mais pas enjolivée, la vie la vraie, avec des déceptions, des peines, des joies, des coups du sort, des hasards, bref une vie étonnante et pas un conte de fée. Dans ce roman, peu d'humour (quoi que !), peu de rocambolesque, mais des drames et des horreurs. Et pourtant on passe un bon moment de lecture, ce qui doit être un privilège réservé aux écrits d'Aragon !
Les voyageurs de l'impériale, Aragon, Gallimard, 1972, 755 pages.
07:00 Écrit par Katia dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
12.04.2011
En moins bien, Arnaud Le Guilcher
Emma. Un pélican à la con. Une station balnéaire aux Etats-Unis. Un Allemand qui tourne. Une tribu de hippies crados. Le moral dans les bottes. Une dune qui chante. Cassavetes, Kurosawa et Huey Lewis. Un pressing. Un verre de trop. Une équipe TV. Puis une autre. Richard. Love in Vain. Un raquin et un marteau. Un coup de feu. Du sang sur le sable. Une chevrolet Impala. Le bruit des vagues. L'amour à trois. L'amour tout seul. Une lettre d'amour. La vie qui continue. En moins bien.
Lu le 9-04-2011
J'ai lu ce roman pour le RAT. Je suis ravie de l'avoir sorti de ma PAL car c'est un petit bijou. C'est l'histoire d'un anti-héro, qui épouse une femme qu'il connait à peine, ils partent en voyage de noces sur la côte et il s'endort après avoir pas mal bu. Lorsqu'il se réveille il retrouve Emma sur la plage, mais obnubilé par un Allemand occupé à tourner, il la reperd. Le soir venu il retourne au bungalow, et elle est partie. De là part tout l'histoire. Il reste dans cette station balnéaire, et l'attend. Il rebatise même le bar "Emma revient". Ce roman est vraiment génial, et je l'ai adoré. J'ai rigolé, j'ai attendu, j'ai craint, vraiment ce roman nous fait réagir. On est face à une succession d'événements loufoques et singuliers. C'est bien écrit, très aérien, la mise en page est espacée, ce qui permet d'avancer vite. C'est un roman qui sous une couche d'humour, soulève des problèmes graves. Je n'en dis pas plus mais n'hésitez pas à l'ouvrir.
Arnaud Le Guilcher, En moins bien, Stéphane Million Editeur, 282 pages, octobre 2009.
07:00 Écrit par Katia dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
20.03.2011
Manhattan Freud, Luc Bossi
En 1909, la notoriété de Freud est déjà immense. Il ne lui reste qu'à conquérir l'Amérique. Mais à New York l'attend le plus grand défi de sa carrière : déchiffrer l'âme d'un mystérieux tueur en série et réussir là où la police a échoué.
Commencé le 12-03-2011
Terminé le 19-03-2011
Dès les premières lignes, ce roman m'a plu. Et pourtant au regard du titre, j'ai eu peur d'être déçue. En effet mettre en scène Freud dans un polar du XXIème siècle n'est selon moi pas sans risque (même si l'action se déroule au début du XXème siècle (1909)). Et pourtant Luc Bossi a réussi la pari. Ce roman est bien écrit, on pourrait le qualifier de page-turner. Il donne envie d'avancer, car l'intrigue est originale et vraiment bien ficelée. Je n'ai pourtant pas lu ce roman très vite, en 7 jours, mais cela m'a permis de faire durer le plaisir. Je ne donnerai pas de détail sur le meurtre commis dans la tour Singer (le chanteur ? Non la machine à coudre) et découvert par Freud, mais même Bones n'a jamais rencontré ça. L'auteur aurait pu traiter la psychologie (et la psychanalyse) de manière approximative, mais ce n'est pas le cas. On sent au contraire que Freud et ses idées ont été respectés. (Il semble qu'aucun psychanalyste n'ait été maltraité durant l'écriture de ce livre). Je ne divulguerai rien non plus sur ce qui se passe au sommet du Métropolitan (bureaux d'une société d'assurances), mais la scène est peu commune. Et ce n'est pas tout, parce que les péripéties s'accélèrent et l'intrigue est très originale. On rencontre des personnages tourmentés (comme Grace), des sadiques (comme Korda) et ces personnages fascinent autant qu'ils font peur. Je conseille ce polar, surtout si la psychanalyse vous intéresse, car le roman est vraiment axé sur ce point.
Luc Bossi, Manhattan Freud, Livre de Poche janvier 2011, collection Policier, 445 pages.
Lu pour le Prix Livre de Poche
Mars 1/2

16:31 Écrit par Katia dans Littérature française, Prix littéraire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0)
15.03.2011
Bulles de savons
Il y a de cela trop longtemps (le 28 janvier exactement) j'ai reçu ce livre dans le cadre d'un partenariat. Je devais le chroniquer dans un délai d'un mois, ce que je fais en retard ! Bref voilà mon billet sur ce manuel de réalisations de savons.

J'ai été ravie de découvrir ce partenariat dans la mesure où j'adore les loisirs créatifs. Dès que je peux, je fabrique ce que j'utilise, car je n'aime pas les produits industriels. Ce livre est donc destiné à toute personne intéressée par les loisirs créatifs. Et je ne peux que le conseiller.
Je remercie vivement les éditions Michel Lafon, ainsi que le forum Club de lecture.
En ce qui concerne ce manuel, il est très agréable à manipuler. Son format réduit et son poids plume en font un manuel facile à consulter, même avec les mains mouillées pendant la réalisation des savons.
Les clichés explicatifs sont très clairs, les textes sont simples et permettent de bien comprendre ces recettes. Les recettes justement parlons-en, elles sont nombreuses (une vingtaine) et sont classées par catégories, car il y a cinq méthodes différentes pour réaliser des savons.
Prenons en une au hasard, "les bonbons acidulés" est une recette simple employant la méthode du savon à fondre. Les savons ainsi réalisés ressemblent aux oursons en gélatine. Ces savons, que Michèle Nicoué-Paschoud nous propose de réaliser, ont le mérite de faire le meilleur effet au bord de la baignoire ! Et puis c'est si agréable de s'entendre demander où trouver ces si beaux savons, et de répondre qu'ils sont faits main ! J'ai hâte de réaliser ces savons, chose que je n'ai pas encore pu faire car je ne me suis pas procuré les ingrédients nécessaires, et de les offrir aux gens que j'aime.
Ce qui m'a beaucoup plu est la page "Problèmes et solutions" visible à la fin. En effet cette rubrique répertorie les problèmes que l'utilisateur peut rencontrer, nous explique pourquoi et enfin si on peut utiliser la savon où s'il faut le jeter.
Michèle Nicoue-Paschoud, Mes savons naturels faits maison, 92 pages, éditions Michel Lafon 2010
Le kit comprend ce manuel, un moule en silicone à plusieurs cavités pour créer des savons de formes variées (coeur, fleur, étoiles) ainsi qu'un jeu de quatre cuillères doseuses. Pour le partenariat je n'ai reçu que le manuel.
17:02 Écrit par Katia dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0)
24.02.2011
La fortune des Rougon, Emile Zola
Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d'État d'où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d'amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d'eux, c'est aussi la naissance d'une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s'ouvrir. Premier roman de la longue série des Rougon-Macquart, La Fortune des Rougon que Zola fait paraître en 1871 est bien le roman des origines. Au moment où s'installe le régime impérial que l'écrivain pourfend, c'est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l'argent, une lente ascension familiale qui doit faire oublier les commencements sordides, dans la misère et dans le crime. " Votre comédie est tragique ", écrit Hugo juste après avoir lu le livre : " Vous avez le dessin ferme, la couleur franche, le relief, la vérité, la vie. Continuez ces études profondes"
Commencé le 16-02-2011
Terminé le 24-02-2011
Une lecture non programmée en cette année de challenges et de prix littéraires, certes, mais après avoir lu "Cartoon" et avoir été fort frustrée de n'y trouver aucun plaisir, j'avais besoin de me tourner vers Emile. Ce premier volume de la série des Rougon-Macquart présente l'époque de cette France du XIXème et les premiers personnages de cette famille, notamment Antoine Macquart et sa femme Joséphine (Fine). On y découvre des personnalités extravagantes, entières et avec de gros défauts. Le style est sans surprise, un régal. Les deux jeunes Miette et Silvère sont très doux et les passages de leur intimité sont très beaux. La fin de ce roman est belle, émouvante, puissante. Emile sait toujours m'emmener dans des endroits lointains, me faire voyager sans bouger. Dans ce tome, je suis allée marcher dans les prés, j'ai écouté les cours d'eau, j'ai entendu les cris des insurgés, j'ai fui les balles perdues. Bref, même si j'ai passé du temps à la lecture de ce livre, et que j'avançais peu, merci Emile.
Emile Zola, La fortune des Rougon, Gallimard, Folio, 460 pages. Préface de Maurice Agulhon.
23:12 Écrit par Katia dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : émile zola, rougon-macquart
09.02.2011
Madame Bovary, Flaubert

Depuis 150 ans, cette pauvre Emma Bovary souffre et pleure dans cent, dans mille villages et villes de France. Parce qu'elle ne sait pas vivre, ni aimer, elle rêve ses amours et sa vie. Et cependant elle est belle, sensuelle, audacieuse. Mais une imagination déréglée, l'exaltation romanesque, un époux médiocre et obtus, l'absurde goût du luxe et des amants méprisables vont l'entraîner dans la ruine et une mort affreuse. Pour diriger cet " orchestre des instincts et des sentiments féminins ", qu'est selon lui Madame Bovary, Flaubert souffre mort et passion, à la fois grand prêtre et martyr de l'art, du style et de la beauté. Mais derrière la perfection du chef-d'œuvre apparaissent la crudité, la violence et l'érotisme, comme dans un roman d'aujourd'hui.
Je ne comprend pas comment j'ai pu oublier un billet sur ce roman que j'aime tant. C'est inqualifiable, moi qui l'appelle mon roman préféré, je ne le fais même pas apparaître ici ! Ce roman est d'une beauté folle. J'aime l'écriture de Flaubert, sans longueurs, légère mais en même temps descriptive. J'aime Emma, femme insatisfaite, volage et infidèle. Je la trouve attachante, elle ne veut pas faire de mal, elle est en quête du bonheur. Ce bonheur, elle ne le trouvera jamais. Emma cherche d'abord la paix dans des belles robes, mais ça ne lui suffit pas, alors elle cherche un homme, qui part sans elle. Finalement, endettée et malheureuse, elle se tournera vers le suicide à l'arsenic, seule échappatoire. J'aime Charles, son gentil mari pharmacien qui tente de la comprendre mais qui échoue. Lui l'aime vraiment, et est malheureux de ne pas réussir à la satisfaire. C'est grâce à l'enthousiasme de ma mère que j'ai voulu découvrir ce roman, et je partage son enthousiasme sans demi mesure !
Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857
Madame Bovary, adaptation de Claude Chabrol (avec Isabelle Huppert) datant de 1991. Je la recommande

14:50 Écrit par Katia dans Littérature française | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0)
07.02.2011
Itinéraire d'un Triangle rose, Rudolf Brazda
Buchenwald, 24 avril 1945.
Rudolf Brazda regarda la grille du camp une dernière fois. Il pouvait partir. C'était fini... Quelques semaines plus tôt, il était encore le matricule 7952, le cinquième à porter ce numéro.
Il y avait eu, avant lui, deux Polonais. Transférés. Deux ressortissants du Reich. Décédés. Mais des cinq, il avait été le seul déporté pour homosexualité, le seul à porter un triangle rose.
A l'aube de ses 97 ans, Rudolf Brazda nous livre ici un témoignage unique et rare, étayé par un rigoureux travail de recherche historique.
De la montée du nazisme en Allemagne à l'invasion de la Tchécoslovaquie, de l'insouciance du début des années 1930 à l'horreur du camp de Buchenwald, cet ouvrage révèle - et c'est une première - le détail des enquêtes policières ayant visé de nombreux homosexuels dans l'Etat nazi.
Il aborde également, avec tact mais sans tabou, la question de la sexualité dans un camp de concentration.
C'est l'histoire d'un Triangle rose...
Commencé le 4-02-2011
Terminé le 6-02-2011
Ce témoignage de Rudolf Brazda est très fort. Sous la plume de Jean-Luc Schwab, il relate son expérience en prison, interrogé, harcelé, puis déporté à Buchenwald. On y apprend comme la police était prête à abuser de ses fonctions dans le seul but d'obtenir un aveu. Les enquêtes étaient très poussées et indiscrètes, cherchant à démasquer les actes de "débauches contre nature". Il est révoltant de penser à l'étroitesse d'esprit de ces allemands luttant contre l'homosexualité. Et pourtant, Rudolf va pouvoir bénéficier de quelques avantages parce qu'il plait à un kapo, voilà tout le paradoxe de la vie à Buchenwald. Ce témoignage est important, car les déportés homosexuels sont parfois oubliés. Rudolf Brazda est le dernier encore en vie sur les 10 000. C'est grâce à la chronique de Gérard Collard que j'ai découvert ce livre, et je ne regrette pas de me l'être procuré car c'est un très beau livre qui permet d'en savoir plus sur les déportations de 1942 à 1945, soit la période où Rudolf était interné à Buchenwald.
Sans oublier la phrase que le nouveau commandant américain de Buchenwald a prononcé à la Libération : "Vous comptez désormais parmi l'élite de l'humanité."
Jean-Luc Schwab, Rudolf Brazda, Itinéraire d'un Triangle rose, 250 pages, édition Florent Massot 2010. Préface de Marie-José Chombart de Lauwe (Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation)
11:26 Écrit par Katia dans Littérature française, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Tags : seconde guerre mondiale, déportation, homosexualité, buchenwald



