13.04.2011
Le jour où ma fille est devenue folle, Michael Greenberg
Le jour où ma fille est devenue folle est l'implacable chronique de l'été durant lequel Sally, la fille de l'auteur, âgée de quinze ans, a connu sa première crise maniaco-dépressive - un événement qui a bouleversé sa vie et celle de toute sa famille. Dans un style simple et vibrant, Michael Greenberg brosse le portrait saisissant d'un esprit et d'un corps assiégés. Il décrit son combat quotidien, peuplé de personnages inoubliables. Il dit l'espoir placé dans les psychiatres, les infirmières et les thérapeutes. Il évoque le sentiment d'impuissance, les appels à l'aide mais aussi les secousses et les révélations au sein de la famille. Il tente de comprendre la maladie qui ronge Sally, se documente sans relâche sur les troubles mentaux, allant jusqu'à prendre une pleine dose des médicaments qui lui sont prescrits. Un récit surprenant, déchirant, tout sauf sentimental, d'un père qui tente désespérément de ramener sa fille à lui.
Lu le 9-04-2011
Ce roman, témoignage d'un père, est puissant. Il laisse des traces, car Sally, cette adolescente, est bouleversante. Michael, le père, est confronté au comportement étrange de sa fille. Il est séparé de sa mère (Robin), et est en couple avec Pat, une autre femme. Il l'emmène aux urgences, qui la gardent dans le service de psychiatrie. C'est un acte douloureux qui le fait douter de ses capacités de parent. Il accuse aussi les reproches de Robin. Toute la famille s'interroge sur les causes du changement de comportement de Sally. Chacun croit être responsable. Ce témoignage est sincère, simple, et il soulève des questionnements sur la psychiatrie en France aujourd'hui, et sur le rôle de parent, qui est de protéger. Robin, la mère biologique, passe beaucoup de temps avec Sally, pendant que Pat revendique son rôle de mère adoptive. On peut également se demander si la folie ne fait pas partie intégrante de l'adolescence, et s'il est nécessaire de la soigner. C'est donc un très bon roman, à ne pas lire en période de déprime car il laisse des traces.
Michael Greenberg, Le jour où ma fille est devenue folle, Flammarion 2010, 268 pages, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina. Première parution Other Press 2008, sous le titre Hurry down sunshine.
07:00 Écrit par Katia dans Littérature USA, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0)
07.02.2011
Itinéraire d'un Triangle rose, Rudolf Brazda
Buchenwald, 24 avril 1945.
Rudolf Brazda regarda la grille du camp une dernière fois. Il pouvait partir. C'était fini... Quelques semaines plus tôt, il était encore le matricule 7952, le cinquième à porter ce numéro.
Il y avait eu, avant lui, deux Polonais. Transférés. Deux ressortissants du Reich. Décédés. Mais des cinq, il avait été le seul déporté pour homosexualité, le seul à porter un triangle rose.
A l'aube de ses 97 ans, Rudolf Brazda nous livre ici un témoignage unique et rare, étayé par un rigoureux travail de recherche historique.
De la montée du nazisme en Allemagne à l'invasion de la Tchécoslovaquie, de l'insouciance du début des années 1930 à l'horreur du camp de Buchenwald, cet ouvrage révèle - et c'est une première - le détail des enquêtes policières ayant visé de nombreux homosexuels dans l'Etat nazi.
Il aborde également, avec tact mais sans tabou, la question de la sexualité dans un camp de concentration.
C'est l'histoire d'un Triangle rose...
Commencé le 4-02-2011
Terminé le 6-02-2011
Ce témoignage de Rudolf Brazda est très fort. Sous la plume de Jean-Luc Schwab, il relate son expérience en prison, interrogé, harcelé, puis déporté à Buchenwald. On y apprend comme la police était prête à abuser de ses fonctions dans le seul but d'obtenir un aveu. Les enquêtes étaient très poussées et indiscrètes, cherchant à démasquer les actes de "débauches contre nature". Il est révoltant de penser à l'étroitesse d'esprit de ces allemands luttant contre l'homosexualité. Et pourtant, Rudolf va pouvoir bénéficier de quelques avantages parce qu'il plait à un kapo, voilà tout le paradoxe de la vie à Buchenwald. Ce témoignage est important, car les déportés homosexuels sont parfois oubliés. Rudolf Brazda est le dernier encore en vie sur les 10 000. C'est grâce à la chronique de Gérard Collard que j'ai découvert ce livre, et je ne regrette pas de me l'être procuré car c'est un très beau livre qui permet d'en savoir plus sur les déportations de 1942 à 1945, soit la période où Rudolf était interné à Buchenwald.
Sans oublier la phrase que le nouveau commandant américain de Buchenwald a prononcé à la Libération : "Vous comptez désormais parmi l'élite de l'humanité."
Jean-Luc Schwab, Rudolf Brazda, Itinéraire d'un Triangle rose, 250 pages, édition Florent Massot 2010. Préface de Marie-José Chombart de Lauwe (Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation)
11:26 Écrit par Katia dans Littérature française, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Tags : seconde guerre mondiale, déportation, homosexualité, buchenwald
02.02.2011
Autobiographie d'un visage, Lucy Grealy
« Beaucoup de gens donneraient n'importe quoi pour ne pas passer inaperçus, anonymes dans la foule ; moi, ça n'a jamais été mon problème. J'étais spéciale. Ma différence, c'était la croix que je devais porter, mais en avoir conscience constituait une compensation. Quand j'étais petite, avant ma maladie, j'avais toujours voulu être unique, différente des autres. Pouvait-on considérer que j'étais l'artisan de ma nouvelle identité ? »
À 9 ans, on diagnostique chez Lucy un cancer dont le pronostic vital est très faible. Elle passe son enfance et son adolescence entre l'hôpital, la maison, l'école, confrontée à l'évidence écrasante de sa maladie : un tiers de sa mâchoire a disparu.
Dans ce récit plein de grâce, parfois dur, teinté d'humour noir, Lucy Grealy aborde avec une rare franchise des questions universelles : comment donner sens à l'absurdité d'une longue maladie? y a-t-il vraiment du courage à taire sa souffrance? faut-il se plier à la dictature de l'image? comment trouver son identité, lorsqu'on ne sait plus quel est son vrai visage? Pour en avoir fait l'expérience, Lucy Grealy a su saisir la contradiction entre le besoin d'être aimé d'abord pour ce que l'on est, et la volonté secrète et désespérée d'être "parfait".
Commencé le 17-10-2010
Terminé le 21-10-2010
J'ai acheté ce livre sur les conseils du libraire Gérard Collard, qui fait une chronique au Magazine de la Santé. J'aime beaucoup ce qu'il dit, et je n'ai jamais été déçue d'un livre acheté après avoir vu sa chronique.
C'est effectivement un livre génial. Dès le départ, on est très proche de la protagoniste. Son récit est très émouvant.
C'est aussi un témoignage très dur. La petite fille a entre 8 et 14 ans pendant son traitement, et elle est très touchante. De plus l'un des chapitres fait le récit d'un secteur de l'hôpital qui fait des tests sur les animaux, alors autant vous dire que c'est très dur. D'une manière plus générale, c'est un témoignage qui ouvre les yeux sur le cancer et son traitement, ce qui m'était étranger. On comprend mieux les difficultés de suivre une chimiothérapie par exemple. Et puis cette petite fille a des réflexions très matures sur le monde.
Lucy Grealy, Autobiographie d'un visage, Autrement
11:03 Écrit par Katia dans Autobiographie, Littérature USA, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
01.02.2011
1942, Convoi N°8
Bien sûr il faut écrire, il faut parler tout en sachant que nos pauvres mots ne suffiront jamais à rendre compte de ce que furent les souffrances endurées : la faim de celui qui jour après jour maigrit, perd ses forces, accablé par le désespoir, l'abandon, la saleté, les poux, la boue, le froid ou la chaleur, les coups, les humiliations, la promiscuité, le manque de sommeil, de repos, les appels debout pendant des heures sous la pluie ou la neige, le typhus, la dysenterie, les sélections.
L'intérêt exceptionnel de ces textes est lié au fait qu'ils ont été rédigés en 1945, dès le retour de déportation du Docteur André Lettich et du Docteur Lazar Moscovici avec une mémoire intacte, alors que le monde ignorait encore l'ampleur inouïe du massacre. Henri Borlant
Commencé le 28-06-10
Terminé le 1-07-10
Ce n'est pas romancé, c'est un simple témoignage, pur, entier, et vrai.
Pourtant les mots sont irréels, on pourrait croire ces anecdotes inventées tellement elles sont improbables.
Les mots se succèdent et choquent, et plus on lit, plus on sait.
Comment ne pas recommander ce livre ? Ce n'est pas un livre c'est un bijou.
Si vous voulez en savoir plus sur les atrocités nazies alors n'hésitez pas. Ce témoignage n'est pas non plus sanglant, ni exagéré, les auteurs ont su expliquer sans pour autant en faire trop.
C'est tout simplement un magnifique témoignage, pour que l'on oublie pas.
André Lettich et Lazar Moscovici, 1942, Convoi N°8, Éditions du retour
17:34 Écrit par Katia dans Littérature française, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Tags : seconde guerre mondiale



